Sombrent les âmes

Vanaly Nomain, 2018

Je bouleverse tout mon planning de chroniques, parce qu’il me reste encore cinq ou six livres dont je dois te parler pour être à jour et qui attendent sagement depuis plusieurs semaines, mais je voulais absolument te présenter Sombrent les âmes au plus vite. Il est sorti officiellement il y a quatre jours (en numérique uniquement, jusqu’à présent) et il marque le retour de Vanaly Nomain, une auteure pour qui j’ai beaucoup d’affection. J’avais lu son premier roman, Emulsion, il y a quelques mois grâce à la plateforme SimPlement, et je t’en avais parlé en des termes très élogieux lors du bilan mensuel de janvier. J’ai gardé quelques contacts avec Vanaly, et c’est avec un grand enthousiasme que je me suis jetée sur Sombrent les âmes à sa sortie.

Dans ce court roman choral de moins de deux cent pages, on fait la connaissance de trois personnages forts, dont les chemins vont se croiser et s’entremêler. Il y aura Ugo, le jeune homme torturé qui vit dans la rue, Léa avec son passé tourmenté et sa générosité, qui voudra le sortir de sa condition précaire, et Sophie, la psychiatre qui sent qu’elle a échoué à soutenir cet enfant en souffrance. Trois âmes abîmées, donc, trois élans de vie et trois sources de doute et de questionnements, pour un récit tout en lumière et en poésie.

Je n’ai qu’un mot pour ce livre : bouleversant. Loin des romans contemporains pleins de bons sentiments et de leçons de vie, Sombrent les âmes nous met le nez dans une misère existante, omniprésente et qu’on cherche généralement à fuir. Il nous force à nous placer dans le camp des défavorisés, de ceux qui n’ont plus rien et que personne n’aide, tout en réussissant la prouesse de ne pas nous plonger dans la déprime la plus profonde. C’est avant tout une belle histoire, qui s’imprègne d’éléments du quotidien pour créer de la magie et des émotions qui sonnent juste.

La composition des personnages est évidemment centrale pour un récit de ce type, et ils sont tous les trois attachants, humains, imparfaits et compréhensibles. Ugo, c’est le jeune homme trop intelligent, celui qui n’a pas les armes pour survivre dans notre société et qui se noie dans sa trop grande conscience de ce qui l’entoure. Il essaie de gagner un peu d’argent en dessinant les passants, mais ne parvient pas à enrober la réalité et les peint sous leur vrai jour, pour des résultats souvent sombres et inquiétants, qui ne satisfont personne. Il entend leurs pensées profondes, ce qui le plonge constamment dans un brouhaha dont il ne sait comment se couper, il frôle la folie et menace de perdre pied. D’une part, il est très intéressant à suivre, et d’autre part, il est à des années-lumière du clochard standard qu’on peut se représenter, du sans-abri à qui on prête tous les défauts pour ne pas se sentir coupable d’être en meilleure posture que lui.

Léa a également sa part de mystère : souriante, serviable, elle vit dans une solitude quasi totale et reste très discrète sur son passé. Elle mène un quotidien monotone, rythmé par son nouveau travail à la boulangerie et les visites bienveillantes de sa voisine de palier. Une jeune fille d’apparence sans histoire donc, qui se protège énormément et porte avec elle des douleurs cachées et des traumatismes profonds. On ne peut qu’éprouver de l’empathie pour elle, saluer sa douceur et sa résilience et espérer que les beaux jours se rapprochent.

Enfin, Sophie a un rôle plus écarté et plus en filigrane que les deux autres. Elle fait le lien entre le présent et le passé d’Ugo, et si elle est un peu moins présente et plus effacée dans le récit, on peut quand même accéder à ses remises en question, tant professionnelles que personnelles. Psychiatre trop engagée mais pas infaillible, elle ne parvient pas à se distancer de son travail et à lâcher prise, ce qui a des répercussions sur sa vie de couple. Son rôle permet d’amener d’autres thématiques et d’autres réflexions, et ces trois trames narratives tissent un grand patchwork de questionnements, de parcours de vie et de sujets essentiels.

Tu l’auras compris, j’ai été profondément touchée par ce récit. A titre personnel, Vanaly a mis le doigt sur certains sujets qui me concernent, et elle en parle avec une justesse et une délicatesse rares. Le plus gros point fort de ce livre est peut-être sa plume, dont je n’ai pas encore parlé mais qui colore toute l’histoire, lui donnant un aspect très doux. Je l’avais déjà relevé en lisant Emulsion, mais j’aime énormément son écriture fluide, travaillée et extrêmement poétique. Face à des scènes dures et émouvantes, cette plume nous prend par la main, nous console et nous encourage à continuer, promettant une fin plus heureuse et des moments de grâce. Avec les mêmes ingrédients, le récit aurait été bien différent si on avait choisi un vocabulaire châtié ou provocateur, trop intellectuel ou trop enfantin. Ici, l’équilibre entre propos et style est idéal selon moi, et c’est la combinaison de tous ces facteurs qui donne un livre chargé en émotions, en réflexions avisées et en bienveillance absolue.

Bref, après ces deux lectures, je fais désormais une totale confiance à Vanaly Nomain en tant qu’auteure, pour sa plume, ses propos, son ouverture d’esprit et sa grande sensibilité (en plus de sa convivialité et de sa disponibilité pour ses lecteurs, bien évidemment). Je t’encourage vivement à la soutenir dans ce parcours courageux de l’auto-édition et j’espère qu’elle ira loin, parce que bien des livres édités par des grandes maisons n’ont pas résonné en moi aussi fort que celui-ci.

Pour la musique, je suis obligée de tricher. Je t’ai déjà passé du Patrick Watson lorsque je te parlais de Tout ce qu’on ne s’est jamais dit, mais « Lighthouse » est la première chanson vers laquelle je me suis tournée en terminant ma lecture et j’ai vraiment envie de les associer. En refermant ce livre, j’étais chamboulée, et puisque je n’avais plus la douceur de sa plume pour m’accompagner, c’est la voix de Patrick Watson qui a pris le relais, pour me permettre d’assimiler calmement cette histoire dans mon esprit.

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