Dragon Déchu

Peter F. Hamilton, 2001

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Il y a quelques semaines, le charmant lutin d’Albedo publiait une critique enthousiaste sur Dragon Déchu, et ses talents de persuasion m’ont convaincue d’acheter ce joli pavé et de lui laisser une chance. Si je lis pas mal de fantasy, je m’y connais assez peu en science-fiction, et encore moins en space opera. Pour tout te dire, là où la littérature fantastique m’inspire de la magie, de l’émerveillement et de grandes aventures, les premières idées qui me venaient en tête en imaginant un space opera c’était des combats dans l’espace, à coup de sabres laser et d’armes ultra-technologiques, du métal, des robots et tout un tas de termes techniques incompréhensibles. Sur le papier, ça ne me vend pas du rêve. Eh bien j’avais tort figure-toi, et je suis bien contente d’avoir fait cet achat parce que cette lecture m’a vraiment emballée !

Difficile de faire un résumé qui donne envie sans trop en dire, puisque cet univers va se créer petit à petit sous tes yeux, et qu’il faudra attendre la fin de l’histoire pour le comprendre véritablement. Nous sommes en tout cas au XXVe siècle, l’humain a trouvé le moyen de voyager dans l’espace et de coloniser de nouvelles planètes. Le livre commence d’un côté sur Amethi, une planète en cours de terraformation, avec un jeune Lawrence Newton dont le destin est de suivre les traces de son père et de devenir l’un des dirigeants d’Amethi alors qu’il rêve de sauter dans un vaisseau et de participer à la conquête spatiale. De l’autre côté, vingt ans plus tard sur la planète Thallspring, Denise Ebourn dirige un mouvement de résistance contre Z-B, la principale organisation terrienne de colonisation qui pratique régulièrement des raids pour récupérer des richesses sur les planètes qu’elle a découvertes. On comprend rapidement que Lawrence et Denise sont dans des camps opposés, et le fait de les suivre tous les deux te pose aux premières loges d’un combat où tout n’est pas noir ou blanc, où tu as la possibilité de comprendre les intérêts des uns comme des autres, le tout reposant sur un univers terriblement bien pensé et détaillé. (Je te rassure tout de suite, le propos n’est pas de les faire tomber amoureux pour illustrer l’amour au milieu de la haine, on est pas dans Roméo et JulietteAvatar ou Pocahontas et ce schéma a déjà été laaargement exploité).

La première chose qui m’a frappée en commençant ma lecture, c’est le soin apporté aux personnages. J’ai eu quelques difficultés à entrer dans l’histoire dans les cinquante premières pages, mais dès qu’on commence à suivre la jeunesse de Lawrence et sa vie quotidienne, j’ai été embarquée. On a vraiment accès au passé de nos deux héros, petit à petit et en flash-backs savamment disséminés tout au long du récit, ça leur donne une vraie consistance et beaucoup de crédibilité. Je m’attendais à des combats à tous les coins de page, mais j’ai été agréablement surprise du contraire, Hamilton prend le temps de donner vie à tout ce beau monde et je me suis rapidement attachée à Lawrence et Denise.

L’histoire aussi est travaillée, mêlant le suspense de l’action présente et les flash-backs qui offrent quelques instants de répit tout en étant pertinents. Parce qu’au final, rien n’est gratuit dans cette narration, tout se rejoint vers la fin du livre et ce qu’on pourrait prendre pour des aventures annexes servant juste de divertissement (les premiers voyages de Lawrence, par exemple) se révèle crucial et riche en informations. L’organisation du récit, cet équilibre entre passé et présent pour nous dévoiler des rebondissements au bon moment sans nous perdre avec la chronologie, et entre action et souvenirs pour nous réveiller et nous tenir en haleine, tout ce travail parfaitement exécuté me rend admirative.

Mais ce qui m’a le plus impressionnée en refermant ce livre, c’est cet univers, pensé dans ses moindres détails, qu’on croit comprendre mais qui ne se dévoile qu’à la toute fin, lorsque tout se relie et que les zones d’ombre se dissipent. C’est un vrai tour de force de parvenir à développer un univers aussi riche dans un seul livre, sans nous perdre avec des explications interminables qui empêcheraient un bon déroulement de l’histoire. J’ai vraiment refermé ce livre avec regret, je serais volontiers restée encore quelques pages entre Amethi, Thallspring, Santa Chico et la Terre du futur.

Bilan très positif, donc ! Si ça se trouve, je m’enflamme pour des qualités qui sont en réalité communes à tout bon space opera, mais je te rappelle que c’est mon premier alors c’est difficile à dire. En tout cas, il a le mérite de me faire aimer un nouveau genre, c’est déjà un beau compliment en soi il me semble… Quant à moi, je garde Hamilton dans un coin de ma tête, parce que j’ai vraiment envie de voir ce qu’il a fait d’autre ! Et je fais une énorme bise de remerciement à Lutin82 pour ses conseils avisés.

J’ai l’impression de choisir la facilité par rapport à la musique que je vais te proposer… J’aurais préféré trouver un morceau qui ne soit pas une bande originale, au début je pensais peut-être à de l’électro pour une fois, mais ça collerait sur des combats dynamiques et colorés alors qu’ici on est dans une ambiance finalement plutôt sombre. Pas de lasers et de cascades impossibles, ou de punchlines rigolotes au milieu des batailles, là on mesure les risques, on a du terrorisme, des rébellions, des doutes et des morts. Alors je reviens sur une musique plus calme et sérieuse, j’ai évidemment pensé à la BO d’Interstellar et maintenant que j’ai lancé la vidéo je ne peux plus te proposer autre chose parce que j’adore ce film et que je trouve que Hans Zimmer a fait un excellent boulot, du coup je suis bloquée sur « replay » et j’ai des frissons.

14 commentaires sur “Dragon Déchu

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  1. Waouh! Je suis vraiment ravie et même touchée par ta critique. C’est un véritable bonheur de conseiller un livre et qu’il fait un effet bœuf, c’est encore décuplé quand on a adoré le livre.
    C’est la meilleure gratification que je puisse avoir, de partager au sens propre une passion ou un coup de cœur. Merci pour le lien, d’ailleurs.

    Magnifique critique, j’y retrouve vraiment le livre et mes propres impressions.

    Pour répondre à ta question : oui, le space -opera c’est cela, ce n’est pas qu’Hamilton (même si nous sommes dans le haut de gamme), c’est le propre du genre de créer des univers cohérent, des histoires prenantes et d’ouvrir des trames multiples.

    Dans le même registre, je te conseille :
    Le vieil homme et la guerre de John Scalzi
    et
    Les brigades fantômes de John Scalzi : https://albdoblog.wordpress.com/2016/08/04/les-brigades-fantomes-john-scalzi/

    Bref, super critique et la musique d’Interstellar est parfaite.

    Aimé par 1 personne

    1. Encore merci à toi pour cette superbe découverte ! Du coup j’ai très envie de lire d’autres space operas, je m’empresse de noter ces titres !
      Et merci pour les compliments qui me vont toujours droit au coeur 🙂 Passe une magnifique journée !

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  2. Comme quoi le titre joue beaucoup, « Dragon Déchu » ne me donnait pas envie de le lire, peut-être parce que le titre me paraît simple, je ne sais pas. Après deux chroniques, je me dis que finalement, il faut le lire ce bouquin ( la petite voix qui me dit ça a l’air vraiment bien!) La conclusion dans quelques jours.

    Merci beaucoup pour ta chronique. 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Et pourtant le titre est très malin je trouve, parce qu’il met du temps à apparaître ce fameux dragon et que ça crée donc un certain suspense jusqu’à ce qu’on comprenne à quoi il fait référence 🙂
      Hate d’avoir ton avis !! 🙂

      Aimé par 1 personne

  3. La musique d’Interstellar est juste incroyablement belle et triste ! Par contre je n’aime pas les space opera et même en lisant ton avis toujours aussi beau et calme, je ne pense pas me pencher sur ce genre de livre. Je crois que je ne suis pas prête parce que c’est un genre de lecture qui m’enlève tout repère et je me sens perdue 😦

    Aimé par 1 personne

    1. Toute la BO est dingue ! Je trouve parfois que hans Zimmer tombe dans la facilité, mais là il a fait fort 🙂
      Oui je comprends ! Du coup, le fait que l’univers se déroule petit à petit risque de te perturber encore plus, parce qu’on ne comprend tout véritablement qu’à la toute fin du livre 😉

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