Nocturnal Animals / Tony and Susan

Austin Wright, 1993

Tu as peut-être vu le film Nocturnal Animals de Tom Ford, sorti au début de l’année. Quand j’ai appris qu’il était tiré d’un livre (d’abord appelé Tony and Susan, et dernièrement renommé Nocturnal Animals pour coller au film), j’ai décidé de le lire avant de me lancer moi-même dans ce visionnage. Finalement, je te fais cette chronique sans avoir vu le film, parce que ce thriller est encore vif dans ma mémoire et que j’ai plein de choses à en dire (mais je le regarderai, c’est certain).

Difficile de résumer l’histoire sans trop en dire (mais en te donnant envie quand même). On a trois arcs narratifs : Susan reçoit un colis de son ex-mari Edward qu’elle n’a pas vu depuis 25 ans. A l’intérieur, un roman qu’il a écrit et qu’il lui demande de relire, sans qu’elle sache pourquoi il a pensé à elle. A partir de là, on aura tantôt des passages du livre (un thriller franchement sombre dont je ne te dévoilerai rien), des pensées de Susan pendant sa lecture et des flash-backs qui reviennent sur son passé avec son ex-mari.

Le livre est donc divisé en 7 parties : on a « Before » et « After », trois sessions de lecture qui correspondent aux trois jours dont Susan a besoin pour terminer le livre, et deux interludes durant lesquels elle se remémore son passé avec Edward. Cette organisation a l’avantage de rendre la lecture parfaitement claire, là où on aurait pu craindre une certaine confusion. D’ailleurs, c’est très agréable de changer régulièrement de narration, on n’a pas le temps de s’ennuyer et ça rend ce livre vraiment dynamique (et j’adore les idées un peu originales, type histoire dans une histoire).

Je n’ai pas encore parlé de mon ressenti. Je suis passée par plusieurs phases pendant et après ma lecture. J’ai adoré les trois histoires, le style d’écriture, la psychologie des personnages, et je craignais le dénouement parce que je n’avais aucune idée de comment tout cela allait se terminer. Et puis, j’ai été frustrée par les dernières pages. Il faut dire que c’est un livre qui ne te donne pas toutes les réponses sur un plateau. Il te force à réfléchir et à tirer tes propres conclusions. Je ne dirais pas qu’il est incomplet, parce qu’en soi, tous les éléments sont là, mais il faut travailler un peu en le refermant et ce n’est pas quelque chose que je fais spontanément. Du coup, j’ai tourné un peu en rond, j’ai cherché quelques explications sur le net, et j’ai fini par recoller tous les éléments, et j’adore cette histoire. C’est la conclusion que je garde : j’ai été transportée, Austin sait installer son suspense, et la fin est parfaite. J’ai très envie d’en parler un peu, d’autant qu’il semblerait que la fin du film soit du même genre, du coup on va faire système D et écrire en blanc.

Ce que je retiens de cette fin, c’est la puissance de la vengeance par l’art. Je m’explique.

D’après mes recherches, le film insiste beaucoup sur cette notion de vengeance, alors que le livre reste plus en subtilité. D’ailleurs, le passé de Susan et Edward est plus nuancé, dans le film ils ont trouvé un moyen plus rapide de créer du vécu entre les deux (c’est sûrement plus malin puisqu’ils n’ont que peu de temps pour tout raconter) et ça appelle rapidement une notion de vengeance que je n’avais pas trouvée dans ma lecture. Mais même dans le livre, ça se tient, et la psychologie d’Edward rend cette idée de revanche tout à fait possible. 

J’avais de la peine à faire le lien entre Susan et les personnages du thriller, pour comprendre l’intérêt de lui faire lire cette histoire. Mais ce qui s’observe tout au long de Nocturnal Animals, c’est surtout sa façon de se souvenir du passé et de commencer à remettre en question ses choix de vie. On comprend qu’elle n’est finalement pas heureuse dans son second mariage, mais qu’elle ferme les yeux pour ne pas vivre un nouvel échec. Petit à petit, faire revivre Edward dans son esprit lui donne l’espoir de repartir à zéro et de changer de vie. D’ailleurs, il lui a donné rendez-vous pour discuter du livre, et elle attend cet événement autant qu’elle le redoute. Je crois qu’à travers le thriller, elle réalise qu’il a changé, qu’il a mûri, et ce nouvel Edward l’attire bien plus que l’ancien. Et là où la fin est parfaite, c’est qu’Edward ne se présente pas au rendez-vous, et ne laisse aucun message. Là, on arrive à la vengeance proprement dite. En lui envoyant ce livre (qui parle lui-même d’une vengeance), il crée en elle l’espoir d’un changement de vie, et le tue dans l’oeuf en ne venant pas la voir. Je parlais de vengeance dans l’art : finalement, seul le héros du thriller se venge par la violence, Edward ne fait rien, ne se tache pas les mains, mais parvient à l’atteindre tout de même. Je trouve cette image extrêmement forte. Ce qui m’a empêché de comprendre tout ça directement, c’est que jusqu’à la fin on reste dans l’esprit de Susan, qui passe son temps à se mentir à elle-même. Il aurait fallu un épilogue du point de vue d’Edward pour que mon cerveau tilte (mais heureusement qu’il ne l’a pas fait, c’est bien plus puissant comme ça). Finalement, c’est mon interprétation (aidée par des avis que j’ai pu lire sur internet) et tu l’as peut-être compris autrement, mais je dois dire que cette version me parle énormément.

(Oui, j’avais pas mal de choses à dire)

En bref, l’ambiance est oppressante, le suspense parfaitement maîtrisé, le sujet parfois très violent. C’est un livre exigeant mais exécuté avec beaucoup de classe, et qui va me hanter longtemps. J’attendrai un peu pour le film, je préfère que mon souvenir s’estompe progressivement, mais j’ai hâte de retrouver cette histoire.

Du coup, niveau musique, je devais éviter de faire dans le joyeux, évidemment. J’ai failli te ressortir les Black Rebel Motorcycle Club pour l’occasion, mais jusqu’à aujourd’hui j’ai réussi à ne pas prendre un artiste plusieurs fois alors je me la garde sous le coude encore un peu. Nirvana et Radiohead étaient en bonne position aussi, mais finalement je tranche pour Placebo, et tu devrais comprendre pourquoi en lisant les premières phrases de la chanson (du pain béni pour le sujet !).

I wrote this novel just for you
It sounds pretentious, but it’s true
I wrote this novel just for you
That’s why it’s vulgar
That’s why it’s blue
And I say thank you

8 commentaires sur “Nocturnal Animals / Tony and Susan

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  1. Black Rebel Motorcycle Club… J’aime tellement leur morceau « Devil’s waitin ». Je l’ai découvert à la fin de la saison 2 d’Hell on Wheels et il n’aurait pas pu y avoir de choix plus parfait pour coller à ce season finale.

    Sinon, pour coller au billet, t’as bien vendu le livre, j’ai envie de le lire maintenant. De prime abord, ça me semble dans l’esprit de Gone Girl (niveau style, j’entends)(parce que personne n’arrive à la cheville d’Amy Dunne, niveau machiavélisme bien malsain et bien malaisant)… Je me trompe ?

    Aimé par 1 personne

    1. J’aime beaucoup tout ce qu’ils font je dois dire ! 🙂
      C’est moins machiavélique que Gone Girl, effectivement 😉 Et moins dynamique je dirais, puisque la seule trame qui avance réellement c’est celle du thriller que Susan lit. Mais niveau travail des personnalités je vois un lien oui !

      J'aime

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