Sa Majesté des Mouches

William Golding, 1954

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Quelle surprise, ce roman ! Je l’ai acheté par curiosité, parce que je connaissais le titre mais pas du tout l’histoire. Je m’attendais à un récit fantastique, avec un roi et des mouches, je peux te dire qu’on est loin du compte.

Dans des circonstances inexpliquées, des jeunes garçons se retrouvent, après un crash d’avion, livrés à eux-mêmes sur une île déserte. Aucun adulte n’est présent, les plus âgés ont une douzaine d’années, et tout le livre se concentre sur le développement de leur « société », leur organisation et leur lutte pour survivre. J’avais vu le film Les enfants de Timpelbach, dans lequel on suit aussi des enfants qui doivent se débrouiller sans leurs parents, mais dans un monde très coloré et joyeux malgré les difficultés à surmonter, là encore on n’est pas du tout dans le même registre. Le personnage principal, Ralph, représente l’autorité sur l’île, secondé par un autre enfant très intelligent mais tourné en bourrique par tout le monde (parce qu’il est enveloppé et asthmatique) et surnommé Porcinet. A eux deux, ils essaient de créer un semblant d’ordre, pendant que les enfants les plus jeunes passent leur temps à jouer au soleil. Si au début tout s’organise relativement bien, les problèmes surviennent bien vite (manque de nourriture, il faudrait chasser mais personne n’arrive à se résoudre à tuer les cochons sauvages qui peuplent l’île, insolation des petits qui ne se sont pas protégés, création progressive d’un sous-groupe, les « Chasseurs », menés par un jeune garçon autoritaire et agressif appelé Jack et qui remettent en question l’autorité de Ralph, …) et on sombre peu à peu dans le cauchemar.

Sa Majesté des Mouches est un livre dur, qui prend aux tripes. Je pense que si l’histoire avait mis en scène des adultes, j’aurais trouvé ça sympathique sans être spécialement marquée par les événements. Mais là, avoir choisi des enfants donne une toute autre dimension à ce récit de survie, et c’est très malin de la part de Golding. Tout est décuplé : on le sait, les enfants sont cruels, et en même temps on est beaucoup plus sensibles à leur souffrance. Ce cocktail de sentiments m’a rendue vraiment mal dans la deuxième moitié de ma lecture. Là où une activité comme la chasse semblerait presque anodine dans un récit de survie adulte, on n’a aucune envie d’imaginer un enfant de dix ans égorgeant un cochon sauvage, j’ai été vraiment étonnée de voir mon seuil de tolérance aux scènes sordides chuter de manière vertigineuse. La descente aux enfers semble ne jamais vouloir s’arrêter, et j’ai fini par avoir vraiment peur, parce que je ne savais pas jusqu’où ce livre serait prêt à aller (et ce que j’étais prête à supporter !).  Je l’ai lu vite, pour ne pas rester trop longtemps dans cette ambiance franchement oppressante, mais en même temps je l’ai adoré pour l’intensité de cette expérience. Je te le conseille sans réserve, il soulève de vraies questions sur la nature humaine et la vie en société et il vaut vraiment le détour.

9 commentaires sur “Sa Majesté des Mouches

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  1. Oh oui, ce livre !! Je l’ai lu quand j’étais gamine, dans une édition folio jeunesse (mais avec texte intégral), et il m’a énormément marqué, sans doute une des meilleures lectures de mon enfance. J’en ai encore aujourd’hui toutes les images en tête… Ta chronique me donne envie de le relire à présent que j’ai grandi, pour voir si mon point de vue a changé, ou non.

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    1. Oh ! Je me posais vraiment la question, ce n’est pas un peu traumatisant comme lecture d’enfance ? Ou est-ce qu’on se rend peut-être moins compte ? J’ai lu qu’en Angleterre il était souvent proposé à l’école mais à des enfants assez jeunes et je ne savais vraiment pas quoi en penser… Ravie de t’avoir donné envie de t’y replonger en tout cas 🙂

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  2. J’ai adoré ma lecture, également. Très marquant, très dur, très sombre et en même temps très lumineux (oui, je suis poète à mes heures perdues). La scène finale m’a d’ailleurs profondément marqué. Je me rappelle que sa lecture m’avait fait l’effet d’une brique dans la figure. L’animosité et la brutalité qui fondent comme neige au soleil lorsque les enfants arrivent sur la plage et découvrent qu’on les a enfin retrouvés sur leur îlot désertique, c’était… puissant. On ressent une forme de soulagement (et tu le soulignes parfaitement dans ton billet d’ailleurs), comme si on nous autorisait enfin à reprendre notre souffle, après l’atmosphère oppressante des dernières pages.

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    1. Oui, cette fin est très forte ! Et en même temps, ce n’est pas complètement une fin heureuse après tout ce qu’ils ont traversé (et qu’on a traversé avec eux, mazette ! J’étais mal les 50 dernières pages, oh là là), c’est très fort 🙂

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