Toute résistance serait futile

Jenny T. Colgan, 2015

Encore un achat spontané de l’OP Bragelonne, qui m’a beaucoup moins convaincue que Snowblind ou Que passe l’hiver… Et pourtant on partait bien ! Ca parle de mathématiciens, et même d’une mathématicienne, ça a l’air léger et rigolo, au premier abord ça dépoussière les clichés sur les scientifiques, sur le papier je suis bien motivée. Mais voilà, la sauce n’a pas pris, et on va voir pourquoi ensemble.

Connie MacAdair est une jeune mathématicienne extrêmement douée dans son domaine. Raison pour laquelle elle se retrouve engagée dans un projet top-secret de décryptage de mystérieuses séquences de chiffres avec cinq autres collègues mathématiciens. Cette fine équipe va rapidement réaliser que ces données pourraient bien provenir de signaux extra-terrestres…

Comme je l’ai dit, le début est très chouette : Connie nous parle du quotidien d’une mathématicienne, en insistant sur le fait que les matheux sont des personnes normales, et pas systématiquement de grands autistes comme on peut en voir dans Big Bang Theory et un peu partout dans les clichés du genre. Forcément, étant moi-même plongée dans le monde des maths, j’ai apprécié ce regard plus honnête que d’habitude et je me suis reconnue dans pas mal d’anecdotes.

« Aujourd’hui encore pendant les soirées, […] les hommes prenaient peur quand elle leur annonçait qu’elle était mathématicienne, ils se mettaient à bredouiller et à parler de leurs résultats au bac, comme si son domaine mettait leur virilité à l’épreuve. »

On y aborde même la légendaire rivalité entre physiciens et mathématiciens, un running gag très célèbre parmi les initiés. En illustration, je te mets la réponse d’un des collègues de Connie lorsqu’un physicien lui dit que ses résultats sont « scientifiquement impossibles » :

« Il y a une centaine d’années, vous pensiez que l’atome était un caillou indivisible. Il y a quarante ans, vous ne vouliez pas croire que des petits quarks puissent remonter le temps. Il y a trois cents ans, vous étiez sûrs que les étoiles étaient des empreintes divines. Nous, les mathématiciens, on s’en fout. Si la gravité changeait de sens demain, vous n’auriez plus de boulot, les gars, alors que les maths resteraient égales à elles-mêmes. »

Bref, jusque là, je suis tout à fait satisfaite de ma lecture, je me plonge avec plaisir dans une atmosphère que je connais et qui est mieux retranscrite que ce que je craignais, je me dis que Jenny Colgan maîtrise son domaine, la vie est belle. Sauf que non.

Il va y avoir un peu de spoil pour que je puisse t’expliquer les points qui m’ont chiffonnée, mais je focalise sur des événements qui sont dévoilés dans le premier tiers du bouquin (et qu’on comprend tout seul un peu avant la révélation, de toute façon). L’histoire part rapidement dans un délire extra-terrestre, jusque-là pourquoi pas, et plot-twist : un membre de l’équipe de Connie se révèle être lui-même un alien, réfugié sur terre et recherché par ses compatriotes.

BON. Là j’ai un premier souci : pourquoi insister autant sur le fait que « les mathématiciens sont des gens normaux, faut arrêter de croire qu’ils sont tous profondément geek et qu’ils font des équations en dormant, et ils ont des vrais sujets de conversation en-dehors des maths », pour ensuite dissimuler un extra-terrestre qui passe incognito au milieu des mathématiciens? Genre, la personne la moins normale possible puisqu’elle n’est même pas humaine ? C’est pas diablement contradictoire, comme message ?

Donc oui, l’un de ses collègues est en réalité un être venu d’une autre planète, et deuxième grande idée : Connie tombe amoureuse de lui et décide de l’aider à rejoindre son vaisseau. Alors à partir de là, exit le monde des maths et les autres personnages, et on se retrouve dans une course-poursuite abracadabrante entre les services secrets et nos deux tourtereaux.

Cette histoire me frustre à tous les niveaux : pourquoi être parti dans une romance ? Pourquoi avec un extra-terrestre ? Pourquoi une telle rupture de rythme, de style et de propos au milieu du bouquin ? Et puis c’est teeeeellement risqué de s’embarquer dans de la science-fiction de ce type et de rendre le tout cohérent sans partir dans des explications à rallonge à chaque nouvelle info. A partir de là, Jenny s’embourbe dans des justifications de type « c’est un extra-terrestre qui peut prendre forme humaine mais c’est douloureux alors il est mieux dans l’eau et puis il peut ressentir l’amour comme nous mais il ne l’exprime pas de la même façon et il comprend toutes les langues mais il ne sait pas boutonner une chemise et ils ont une société un peu comme la nôtre mais en même temps c’est pas pareil », mais ça manque de substance (mais c’est pas grave, puisque le propos principal c’est l’histoire d’amûûûr). Au final, ça tient plus ou moins la route, mais très, très en surface.

Le point sympathique, c’est l’humour. C’est frais, c’est rigolo, mais si ça m’a bien plu dans la première partie, j’ai été moins convaincue dans la phase d’action (parce que, comme je le disais déjà dans La ville noire, je suis rarement emballée par des bouquins d' »action rigolote », je n’y vois aucun suspense et du coup ça me lasse rapidement). Et même l’histoire d’amour s’installe tellement vite qu’on n’a pas franchement le temps de s’attacher au petit couple et de s’inquiéter pour eux.

Bref, j’ai terminé ce livre dans une grande perplexité, sans trop réussir à comprendre le but de cette histoire et l’élan qui a pu pousser Jenny à rassembler ce patchwork de concepts différents. Un petit tour sur sa page wikipedia m’a donné quelques éléments de réponse : Jenny Colgan écrit majoritairement des comédies romantiques (peut-être que j’aurais été moins surprise si j’avais su ça dès le début), et elle a un penchant SF qui se manifeste par exemple dans ses trois romans basés sur Dr. Who. Quant à la partie mathématique, dans les remerciements elle fait une dédicace à plusieurs mathématiciens qui l’ont aidée dans la rédaction de ce livre. Ceci explique les blagues qui viennent tout droit du milieu, mais aussi le fait qu’elle s’écarte rapidement du monde des maths quand l’action commence, puisqu’elle n’est manifestement pas spécialiste elle-même. C’est pas bien grave, et nombreux sont les écrivains qui s’entourent pour des détails techniques (et c’est tant mieux !), mais ça me donne encore plus l’impression que ce livre est un vaste mélange de concepts qui ne sont pas forcément faits pour aller ensemble, et que le tout manque de liant puisqu’elle-même ne semble pas à l’aise avec ces différents domaines.

Je vais arrêter là mes tribulations un peu brouillonnes, et conclure une fois de plus que je ne suis pas le public idéal pour les romances (et encore moins quand je m’enthousiasme pour une trame narrative qui finalement n’est qu’un vaste prétexte pour poser une histoire d’amour absurde). Pour la musique, je te laisse avec le générique de Star Trek, puisque « Toute résistance serait futile » est un clin d’œil direct à la saga (phrase prononcée par les redoutables Borgs).

22 commentaires sur “Toute résistance serait futile

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  1. 😂 Il a l’air totalement WTF ce livre ! Ce que j’en retiens, c’est que Jenny Colgan est une autrice inégale. Autant La petite boulangerie du bout du monde était une réussite, autant la suite était à mourir d’ennui et d’une mièvrerie crasse. Vu ce que tu dis de celui-ci, je pense que je me mefierai de ses prochains livres 🙂

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    1. Ah, oui, WTF ça on peut dire 😉 C’était mon premier roman de l’auteure, je ne suis pas franchement sûre d’en lire d’autres vu que j’ai trouvé la plume très commune et que l’idée ne m’a pas emballée. Mais effectivement, vu tout le bien que j’ai entendu de la Petite boulangerie, j’ai été très étonnée de celui-ci ^^’

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  2. Il faut oser mélanger maths, SF et romance, c’est original! Et risqué.
    Ta chronique m’a fait rire en tout cas! J’ai aussi lu un mélange de genre avec de la SF (thriller), mais ça a été une bonne surprise. 😉
    Ce livre a l’air un peu WTF comme dit au dessus, si je le vois en bibliothèque peut-être 🙂 , mais du coup, pas une priorité^^

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  3. Concernant une des citations, il est écrit qu’on pensait que l’atome était « un caillou invisible » : ce ne serait pas indivisible, plutôt ? (dans le sens : pas formé de particules plus élémentaires comme les neutrons, les électrons et les protons, eux-mêmes formés de quarks).

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  4. Merci pour cette chronique. Avec un tel visuel et résumé, j’aurai pu me faire avoir même si, contrairement à beaucoup de personnes, je n’ai pas du tout aimé La petite boulangerie du bout du monde, et donc suis un peu douchée par Jenny Colgan. Mais, à te lire, je pense que je vais passer sur cette lecture.

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    1. Je peux comprendre ! Je ne l’aurais probablement pas achetée s’il avait été plein tarif, le fait qu’il soit à 1€ m’a rendue curieuse (mais du coup la frustration n’est pas très grande non plus, parce qu’il était quasiment gratuit). Pas lu la petite boulangerie, mais du coup ça ne m’attire vraiment pas ! 😉

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  5. Oh cela partait bien, et je me disais que le livre vaudrait sans doute le coup pour découvrir le quotidien d’une Maned-Wolf….. intéressant jusqu’à un mot fatal : romance, avec un alien.
    Cela m’a toute retournée et je ne crois pas que cela me plaira. Dommage.

    J’adore l’accompagnement musical!

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  6. OK. Je lirai totalement pas ce livre. Pourtant, au début, tu en parlais avec enthousiasme, et je me suis dit « ok, je suis une brelle en maths, si ça se trouve ce qu’elle a pas aimé, c’était que c’était pas logique dans son domaine, mais moi je capterai même pas, donc ça peut être cool ». Mais nope. Nope, nope, nope. Déjà, le côté ET me fait moyen rêver, mais en plus j’aime pas les romances, surtout quand elles deviennent le seul moteur de l’intrigue. Sans moi, donc.

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  7. J’aime bien les avis énervés, surtout que je ne t’ai jamais vu t’énerver contre un livre encore : o Ce n’est certainement pas une histoire qui va m’intéresser (je suis plutôt mordue d’un humour noir et bien subtil, quelques fois je ris même quand c’est pas drôle xD) mais l’histoire a l’air sympa quand t’es bien déprimée et que t’as besoin de te changer les idées je trouve.

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    1. Haha ! Oui c’est pas souvent, la dernière fois c’était pour Harry Quebert 😉
      Oui l’histoire est pas si mal si on sait à quoi s’attendre, mais ça s’éloigne beaucoup trop du postulat de départ ^^ et du coup ça perd en cohérence…

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