Faërie

Raymond E. Feist, 1988

0909-faerie

Salut salut ! J’ai de nouveau pris du retard dans la publication de mes chroniques. Il faut dire que je découvre les joies du blogging sur smartphone puisque je passe plusieurs heures par jour dans le train (et ce pendant tout le mois de septembre), et si tu voyais la tronche de mon smartphone tu compatirais très certainement. Je vais tâcher de faire au mieux pour garder un rythme !

Bref, j’avais prévu de te parler du Voyageur de James Smythe parce que j’ai adoré cette lecture, mais je viens de découvrir qu’il avait écrit une suite alors si tu le veux bien, j’attendrai d’avoir tout lu avant de me faire un avis définitif. Du coup, changement de plan : aujourd’hui on va s’attaquer à Faërie, qui ne m’a malheureusement pas complètement convaincue.

Le pitch a tout du film d’horreur américain cliché : la famille parfaite qui s’installe dans une vieille maison proche de la nature, sans se douter que des créatures bien mystérieuses habitent déjà dans les environs… une recette classique donc, mais qui a déjà fait ses preuves de nombreuses fois (et n’oublions pas que ce livre a presque trente ans).

Je suis partagée. Certains points m’ont beaucoup plu, et d’autres franchement agacée, d’où mon enthousiasme modéré. Mais comme je ne veux pas te déconseiller cette lecture (parce qu’il y a des éléments très chouettes), on va commencer tout de suite par les sujets qui fâchent, histoire de finir sur les points positifs.

Première contrariété : les personnages principaux. Je ne vais pas y aller par quatre chemins : ils me sortent par les yeux. C’est une telle caricature de gens beaux comme des dieux, richissimes, heureux, intelligents et en harmonie qu’ils en deviennent totalement insipides (et absolument pas crédibles). Du coup, j’ai été parfaitement incapable de compatir quand les choses commencent à se corser (et il faut admettre que si on se fout royalement du sort des personnages, c’est difficile de poser un cadre de tension et de thriller horrifique). Même celle qu’on essaie de vendre comme « l’ado rebelle » de la famille se révèle après dix pages être un modèle de sagesse, une riche héritière qui ne se vante pas et qui ne flambe pas son argent, la fille la plus belle qu’on n’ait jamais vue, d’une intelligence hors-norme, et elle se trouve un beau prétendant et décide de l’épouser après trois mois. Nooooormal. Et le problème, c’est que Raymond passe beaucoup de temps à te décrire le quotidien de ces gens, l’histoire d’amour naissante, tout ça, et ça ralentit violemment le tout sans apporter une once d’intérêt au propos.

Deuxième point qui fâche justement : le rythme. On apprend assez tôt dans le livre que la région est peuplée de créatures fantastiques, mais il faut une très longue phase d’exposition (faite de pseudo-drama familiaux et de vie quotidienne de tout ce beau monde) pour enfin rencontrer un peu d’action. Mais jusqu’à la fin du livre, je me suis retrouvée enlisée dans de longs passages superflus. Par exemple, les personnages passent un temps FOU à essayer d’expliquer des événements surnaturels de manière rationnelle. Alors je comprends qu’ils le fassent hein, mais ça aurait du sens d’insister là-dessus dans une histoire où le doute est permis. Ici, comme on nous révèle tout de suite l’existence de la magie, les pages et les pages de dialogue de « théories réalistes » du type « on ne sait pas ce qu’il a, alors on l’amène à l’hôpital, et le médecin fait des tests, et on retourne le lendemain, et on refait des tests, blablabla » parasitent vraiment la fluidité du récit.

J’ai vidé mon sac, passons aux bonnes nouvelles. L’univers fantastique est très, très chouette. Même si on apprend au début de l’histoire qu’il y a des créatures étranges dans les bois, on est longtemps maintenus dans une ambiance mystérieuse : pas de description trop précise ou d’explication sur les différents peuples avant plusieurs centaines de pages. Alors ça crée une attente, forcément, mais j’ai trouvé ce point très maîtrisé, et les révélations en valent le coup. Bref, toute la construction de l’imaginaire est un régal, et ces personnages magiques m’ont fascinée. (Le seul hic, du coup, c’est qu’on aurait pu passer beaucoup plus de temps à parler d’eux et beaucoup moins à raconter que miss parfaite veut s’acheter un cheval).

Et puis, globalement, toutes les apparitions surnaturelles sont vraiment très agréables à lire. Je m’attendais à ce que le côté fantastique arrive progressivement (d’abord on aperçoit un truc du coin de l’oeil, une semaine plus tard c’est des traces de pas, tu vois le genre), mais en fait les confrontations avec les créatures magiques vont avoir lieu très tôt dans l’histoire, et avec une violence ! Ça m’a vraiment prise par surprise, et c’est aussi un point que j’ai beaucoup apprécié. Pas de demi-mesure : les héros ne vont pas avoir souvent de l’action, parce que comme je le disais on parle beaucoup de leur quotidien un peu plat, mais alors quand ils croisent une bestiole, ça y va hein ! Et pas avec le dos de la cuiller. Dans ces passages-là, j’étais vraiment captivée et à fond dans l’action, gros point fort pour le bouquin.

Bref, si je dois synthétiser tout ça : l’aspect fantastique vaut le coup, c’est bien amené, maîtrisé et même un peu angoissant, le folklore est très intéressant et c’est le point fort du livre selon moi. Par contre, les personnages sont complètement vides et on passe beaucoup trop de temps à parler d’eux, ce qui entraîne des longueurs contrariantes. A toi de voir si ça t’inspire ou non !

Pour la musique, je voulais quelque chose d’un peu mystérieux et féérique, et la musique d’intro du dessin animé de la Belle et la Bête m’est venue en tête et impossible de la déloger. Alors c’est ce que je vais te proposer, d’autant qu’elle est très jolie (comme toutes les chansons de la Belle et la Bête, je ne pense pas me faire beaucoup d’ennemis en disant ça !).

 

19 commentaires sur “Faërie

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  1. Deux remarques :

    je suis d’accord avec toi, les personnages sont agaçants tant ils sont parfaits et stéréotypés. Par contre, les scènes de la vie quotidienne ne sont pas inutiles : un des buts du Fantastique (le genre littéraire) est justement de montrer les réactions de choc lors de l’irruption (et j’insiste sur ce mot) du surnaturel dans un contexte rationnel et normal. Le corollaire étant qu’il faut installer le dit contexte normal avant les scènes fantastiques. Maintenant, effectivement, là, c’est un peu too much, nous sommes d’accord.
    ensuite, le fait que les persos refusent dans un premier temps les explications irrationnelles et cherchent au contraire une cause rationnelle, logique, aux événements qu’ils subissent est aussi parfaitement dans les codes du Fantastique (le genre). Un des plus basiques est en effet de nous montrer les réactions de refus de personnages cartésiens confrontés à des phénomènes surnaturels.

    Mais sinon, tu nous proposes là une fort belle critique, merci.

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    1. Merci pour ces précisions ! 🙂 Je connais les codes du fantastique, ce qui m’a plus dérangée c’était qu’il m’aurait fallu des personnages un peu plus consistants pour apprécier leur quotidien justement. En fait tout part de là : je n’ai pas aimé les personnages, et donc ça me barbait de suivre leur vie pendant des pages et des pages.
      Pareil pour les réactions réalistes, je comprends qu’elles soient là mais je trouvais qu’elles tiraient trop en longueur. Mais probablement parce que j’étais déjà exaspérée par tout le monde 😉

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  2. Je ne peux que plussoyer la remarque d’Apo au sujet des scènes quotidiennes.

    En revanche, c’est vrai que le rythme souffre d’un pb de rythme vers le milieu, avant que l’on bascule dans l’autre monde.

    En revanche, pour les personnages, même si initialement j’aurais eu tendance à être en accord avec toi, au final, je pense que c’est pas plus mal qu’ils soient un peu trop parfaits, pour faire naître ce décalage/ironie avec les références aux contes de fées.
    C’est vrai que cela ne fonctionne pas parfaitement bien.

    Ce n’était pas un coup de cœur pour moi, mais j’ai beaucoup aimé la deuxième partie avec son univers riche et distordu.

    Belle chronique.

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    1. Je vois ce que tu veux dire pour les personnages, et j’aimerais autant que Feist ait eu une idée derrière la tête pour les écrire comme ça ! Mais ça n’a pas pris pour moi, ils m’exasperaient trop 😉 et du coup, comme je l’ai dit à Apophis, c’est ça qui s’est répercuté sur tout le reste pour moi : je ne les aimais pas, donc je n’avais pas envie qu’on me raconte leur vie pendant des centaines de pages, donc j’ai souffert du rythme. Mais les passages fantastiques sauvent magistralement le tout ! Donc le bilan n’est pas négatif pour moi 🙂

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          1. Ah ben là, pour le coup, tu me donnes envie ! Je vais le noter dans un coin de ma tête, et peut-être que je commencerai quand même par L’apprenti, juste pour y aller crescendo 😉 Mais je vais lire la fille de l’empire, c’est sûr !

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    1. Hahaha ! C’est vraiment galère, de temps en temps il fait des sauts sans raison et je me retrouve à finir ma phrase au milieu d’un autre paragraphe 😛 Et la mise en page on n’en parle pas hein, ça je dois de toute façon le faire sur un ordi ! Mais disons que pour le gros du texte ça peut rendre service quand on a pas beaucoup de temps dans la semaine 🙂

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  3. Ah bravo pour le blogging sur smartphone ! Déjà que j’ai la flemme ultime de prendre des notes via le mien :p Ah c’est vrai que les personnages sont gratinés avec du fromage « perfection ». L’adolescente m’a passablement agacée. Le rythme ne m’a pas gênée et je crois même que j’ai aimé. Et ce que j’ai préféré, c’est évidemment l’univers fantastique avec un monde réellement sombre et dangereux ; comme quoi le petit peuple peut aussi être maléfique.
    Très bon choix de musique 🙂

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    1. Hahah mon smartphone est vraiment pas fait pour ça, mais on va dire que ça rend service 😉 Je te rejoins sur ton bilan du coup ! Les personnages me gonflent, mais le côté fantastique est très intéressant 🙂

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  4. Lu il y a fort longtemps je ne me souviens de rien, il serait intéressant de le relire car il me semble qu’adolescente j’avais aimé cette lecture mais peut-être que maintenant avec plus de bouteille dans le genre je serais plus critique, bon je verrai ça un jour à l’occasion

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