Comme un conte

Graham Joyce, 2012

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C’est avec Ingannmic que j’ai décidé de lire Comme un conte de Graham Joyce, que j’ai acheté par hasard pendant l’OP Bragelonne (encore). Je découvre au passage la plume de cet auteur, qui semble plutôt prolifique et dont je n’avais encore jamais entendu parler. Au final, c’est une jolie surprise, parsemée de quelques interrogations, mais on va voir tout ça tranquillement.

Après vingt ans d’une absence jamais élucidée, Tara réapparaît subitement devant la porte de ses parents qui désespéraient de la revoir un jour. Curieusement, elle semble avoir conservé ses presque dix-huit ans, et prétend avoir été enlevée par des fées…

J’ai trouvé ce livre très agréable à lire et plutôt prenant. On est à première vue dans du fantastique assez classique, avec un événement surnaturel qui vient chambouler la vie de gens « normaux ». Ce qui est intéressant, d’emblée, c’est la multiplicité des points de vue : au fur et à mesure de la lecture, on va découvrir le récit de Tara, mais on va aussi avoir accès aux réactions des différents proches de la jeune fille : son frère, qui la croit folle et n’a jamais cessé d’être en colère contre elle, son ex, qui ne s’est jamais remis de sa disparition et qui a longtemps été suspecté de l’avoir tuée, ses parents, dépassés par les événements et qui n’osent pas lui poser de question de peur de la faire fuir, et d’autres personnages plus anecdotiques qui contribuent à la richesse du récit.

C’est une très bonne idée de s’attarder sur l’après : on parlera bien sûr de l’enlèvement et de sa vie parmi les fées, mais la majeure partie du livre s’intéresse aux conséquences de sa disparition sur son entourage, et à son retour dans la vie normale, avec la peur de ne pas être crue, les réactions de ses proches, les conclusions qu’on peut en tirer. Lorsque son frère l’emmène voir un psy, on a aussi accès à ses analyses pendant qu’il écoute son histoire, et j’ai beaucoup aimé lire ses interprétations (tirées par les cheveux, mais on ne peut pas le lui reprocher) et aborder le récit fantastique sous un autre angle.

En fait, plusieurs fois, ce livre m’a fait penser à Morwenna de Jo Walton. D’une part, parce que là aussi on arrive « après » les événements fantastiques, et on s’intéresse plutôt à la vie quotidienne qui reprend son cours bien qu’elle soit chamboulée à jamais. Et d’autre part, parce qu’on a aussi en quelque sorte cette double lecture de la magie qui nous permet deux interprétations, qui nous autorise autant à croire le récit fantastique qu’à l’expliquer par des faits rationnels. La différence, c’est que dans Morwenna j’avais tendance à préférer la version rationnelle, tandis qu’ici plusieurs éléments nous poussent plutôt à croire Tara (c’est en tout cas comme ça que je l’ai ressenti).

A d’autres moments, j’ai aussi eu envie de faire un parallèle avec Faërie de Raymond E. Feist, plutôt par rapport aux fées elles-mêmes. Dans les deux livres, elles sont mystérieuses et finalement assez peu décrites, pas forcément bienveillantes et même parfois menaçantes pour l’homme. Leur univers semble riche et intrigant, mais juste effleuré (ce qui ne m’a pas dérangé, mais qui pourrait en frustrer certains). J’ai beaucoup aimé les passages dans lesquels Tara raconte son absence, et j’ai trouvé ces êtres assez fascinants.

Par contre, je me suis un peu interrogée sur le choix de Bragelonne de publier Comme un conte dans leur collection « L’Autre ». D’après ce que j’avais compris, cette collection sert à classer les inclassables, les romans hybrides et surprenants. Je n’avais lu jusqu’ici que Le Voyageur de James Smythe qui rentre tout à fait dans cette définition, et par comparaison Comme un conte me semble plus conventionnel, je n’aurais pas réfléchi deux fois avant de le classer dans le fantastique. J’ai donc fouillé un peu et je suis tombée sur la description de l’Autre, qui a éclairé ma lanterne :

Des romans qui ne correspondent pas exactement à un genre, une cible, une catégorie. Soit parce qu’ils mélangent les genres, les références et les inspirations au point de ne pouvoir être rangés sous aucune des étiquettes habituelles (SF, Fantasy, fantastique, policier etc.). Soit parce que les éléments imaginaires n’y sont qu’un mince prétexte, se fondent dans le récit plutôt que d’être développés et explorés, et servent à déclencher et mettre en valeur une histoire essentiellement humaine et universelle.

Alors effectivement, Comme un conte entre sans peine dans le second cas de figure : comme je le disais plus haut, on ne se concentre finalement pas tant que ça sur l’escapade de Tara, ce n’est qu’un prétexte pour parler des réactions des autres, de leur ressenti pendant toutes ces années, et du choc de son retour. C’est pour ça qu’au fond, l’important n’est pas de savoir si son histoire est réelle ou inventée de toutes pièces : certains personnages ne seront d’ailleurs pas forcés de reconnaître qu’elle dit la vérité et resteront convaincus qu’elle fabule, et c’est un angle que je trouve très intéressant.

En bref, je garde un très bon souvenir de cette lecture qui n’est pas allée là où je l’attendais mais qui a vraiment quelque chose à proposer au genre du fantastique. J’aimerais bien lire d’autres romans de Graham Joyce si quelqu’un en a à me conseiller, et je remercie encore Ingannmic de m’avoir proposé cette lecture commune !

Pour la musique, je suis un peu déçue d’avoir déjà joué ma carte Emilie Simon, parce qu’il se trouve que Graham Joyce a coécrit des paroles de chanson pour un de ses albums (coucou Ada, je sais que ça va éveiller ton attention !). Mais c’est pas grave, j’ai repéré que Ludovico Einaudi a composé une chanson appelée « Fairytale », ce qui me semble tout à fait approprié pour ce livre. J’aime bien Einaudi, c’est tout simple mais en même temps très efficace… J’espère que tu apprécieras !

 

 

23 commentaires sur “Comme un conte

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  1. Merci pour ce billet très complet. Je vois que nos avis se rejoignent : le monde surnaturel évoqué dans le roman est surtout un prétexte à opposer diférentes visions du monde. J’avais déjà lu deux autres titres de cet auteur, que j’avais appréciés aussi : Indigo et En attendant l’orage dans lesquels l’auteur utilise là aussi le fantastique pour étoffer la complexité de ses personnages et nous plonger dans des ambiances singulières…
    J’espère que nous aurons l’occasion de renouveler cette expérience !
    Bonne journée.

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    1. Oui, je suis contente qu’on ait apprécié toutes les deux ! Je note les deux autres titres au passage, merci beaucoup pour les suggestions !
      Il a effectivement une utilisation très intéressante du fantastique, j’ai bien envie de voir comment il le traite dans ses autres livres 🙂
      Merci de m’avoir proposé cette lecture commune, j’espère qu’on en fera une prochaine bientôt ! J’irai jeter un œil à ta pile 🙂 passe une belle journée !

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  2. Très belle critique!
    Je suis enchantée de l’avoir dans ma PAL celui-ci après la lecture de ta chronique. C’est vraiment un plus si les fées te font penser à FAërie de Feist. Cela m’emballe beaucoup de lire quelque chose de moins classique et gentil!
    Je me le réserve pour le challenge estival de ma bonne fée!

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    1. Pour une fois que je lis un livre SFFF avant toi ! 😉 elles m’y font penser pour leur côté mystérieux et pas forcément bienveillant oui 🙂 c’est un livre finalement assez particulier mais facile à lire et que j’ai trouvé plutôt intéressant ! Je me demande ce que tu vas en penser 🙂

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    1. Les fées sont finalement pas mal au second plan, parce qu’on s’intéresse plus au ressenti des personnages qui sont restés plantés là et qui n’ont jamais compris la disparition de Tara, et c’est justement ce que je trouve intéressant dans ce livre ! J’espère qu’il te plaira, je me réjouis de voir ce que tu en auras pensé ! 😊

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  3. Un peu que ça a attiré mon attention ! 😛 (en plus, il a co-écrit les paroles de Rainbow, parfait)

    Je dois t’avouer que si l’histoire m’avait seulement été vendu sous l’angle de « cette fille a été kidnappé par des fées, quelles sont les forces à l’oeuvre derrière tout ça ? », ça m’aurait moyennement convaincue… Ca a au moins le mérite de rétablir la vérité !

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  4. Bon du coup il va vraiment falloir que je le lise, je pense le sortir de ma PAL dès maintenant parce que je voulais vraiment le découvrir… et comme je n’avais pas très aimé Morwenna, j’espère que celui ci va me plaire ><

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    1. Bon, si le personnage t’énervait dans Morwenna, il est très différent ici 🙂 J’ai fait le parallèle plutôt pour le caractère ambigu de la magie, qu’on peut décider de croire ou non ^^ J’espère que ça te plaira plus !

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  5. Cette histoire m’a un peu fait penser à la série The OA (que je n’ai d’ailleurs jamais fini, et je sais même pas pourquoi oO), avec une disparition et la tentative de revenir à la vie normale (après la comparaison s’arrête là puisqu’une grande partie de la série explique la disparition). J’aime bien ce postulat, donc forcément ça m’intrigue ! Je note, et j’espère que je ne ferais pas partie des gens frustrés^^

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  6. Voilà un auteur que j’ai très envie de découvrir, notamment avec « Lignes de Vie » ou « Au cœur du silence » qui sont entrés dans ma PAL suite à de bonnes critiques glanées de-ci de-là. Il va falloir que je lise l’un d’eux, afin d’alléger ma conscience avant d’acquérir celui-ci, merci 😉

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  7. Ton synopsis m’a fait aussitôt pensé à l’oeuvre de Jo Walton, que par coïncidence, je viens tout juste de commencer. Je crois que je vais changer ma lecture pour celle-ci! Je cherche quelque chose comme Morwenna, mais sans ces énumérations de titres sci-fi qui s’éternisent et pèsent chaque phrase comme une liste d’épicerie…

    Merci pour avoir partagée la définition de l’Autre. Ça décrit exactement ce que j’ai le goût de lire ces jours-ci. Cependant, je me demande si ça ne voudrait pas dire la même chose que le fabulisme (magical realism), au fond?

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    1. J’espère qu’il te plaira ! Je lui trouve effectivement une ressemblance avec Morwenna, tu me diras ce que tu en penses 🙂
      Ca peut ressembler je pense, mais j’ai lu par exemple « le voyageur » qui est aussi classé dans L’autre et qui est un mélange de science fiction et de huis clos psychologique, donc rien de magique là dedans 🙂 c’est un peu la catégorie fourre-tout je dirais 😉

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