[#PLIB2019] La fille qui tressait les nuages

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Céline Chevet, 2018

#ISBN9782375680797

Le vote du gagnant du PLIB approche à grands pas, et j’essaie donc de trouver du temps entre deux déballages de cartons pour te présenter les derniers finalistes encore en lice. En réalité, je t’ai déjà parlé de La fille qui tressait les nuages il y a quasiment un an, lorsque je l’ai lu en prévision du PLIB : à l’époque, j’espérais le voir franchir les étapes de sélection parce qu’il m’avait beaucoup marquée, et je suis ravie de le voir en finale aujourd’hui parce que mon souvenir de lecture est encore vif. Il est donc largement temps de lui rendre un hommage un peu plus conséquent, ce roman le mérite !

Je ne sais pas par quel bout prendre le résumé : La fille qui tressait les nuages, c’est avant tout une ambiance. Un Japon entre réalité et fantastique, un héros nostalgique, une histoire d’amour avortée et un passé nébuleux. On découvre progressivement les liens entre les différents personnages, et on navigue dans un onirisme trompeur qui endort notre méfiance pour mieux nous hypnotiser… Méfie-toi des apparences.

Il s’agit du premier roman de Céline Chevet, et j’ai vraiment hâte de découvrir ses prochaines parutions et de voir si elles font preuve d’autant d’audace et d’originalité. Parce qu’il n’en manque pas dans ce livre : on nous plonge dans un Japon loin des clichés européens (on sent d’ailleurs qu’elle y a vécu et qu’elle connaît bien ce quotidien dépaysant pour nous), avec une histoire qui prend son temps et qui nous installe tout doucement dans un malaise grandissant, malgré sa belle couverture rose. Tout est fait pour nous tromper, nous amener sur de fausses pistes : même les touches de surréalisme (par ailleurs très agréables et poétiques) ont agi sur moi comme un tranquillisant : j’ai compris qu’on n’était pas tout à fait dans le monde réel, sans pouvoir en délimiter les contours, j’ai donc lâché les rênes, je me suis laissée porter et je suis passée à côté d’indices qui auraient dû me mettre la puce à l’oreille dans un cadre plus familier.

Progressivement, le récit passe de cette poésie pastel à une noirceur terrible, à mesure que les personnages se dévoilent et que les langues se délient. On entre dans une partie bien sombre du folklore japonais, on poursuit la lecture en se demandant jusqu’où l’auteure sera prête à nous emmener, on explore les recoins les plus malsains de l’âme humaine, les superstitions, les maltraitances, les traumatismes, tout en gardant ces pointes colorées et oniriques dans un mélange savamment étudié.

Et puis, cette fin. Ce procédé narratif incroyable que je n’ai découvert que grâce à ma binôme, Cha’, qui n’avait pas la même interprétation que moi. Cette construction qui change tout, qui joue avec le lecteur mais ne se révèle pas aisément. Cette sensation d’avoir été dupé, de découvrir enfin l’architecture globale de l’histoire avec tous ses mécanismes et ses indices discrets, bref, cette fin ouverte qui en dit long sur le lecteur, sur sa manière de l’aborder et sur les conclusions qu’il en tire.

Tu l’auras compris, c’est un petit roman qui cache bien des surprises, et une auteure qui n’a pas peur de prendre des risques. Cette chronique n’est qu’impressions et ressentis, parce que c’est ce qui est ressorti avec force de ma lecture : de la poésie, de la noirceur, de la surprise et de l’inédit. Le sentiment de nager en eaux troubles, de redouter la page suivante tout en la dévorant, l’envie de se raccrocher aux pointes de douceur qui dissimulent d’autres horreurs, mais une délicatesse omniprésente, dans le choix des mots et dans les tableaux, dans le personnage d’Akiko qui colore fortement le récit malgré sa discrétion, une préciosité dans la finesse de l’architecture, une belle ouvrage qu’on refuse de décortiquer trop de peur de lui enlever sa magie, et qui est sublimée par les mystères qui l’entourent.

Je t’invite donc à entrer toi aussi dans cet univers doucereux, envoûtant et charmeur. Ce roman divisera forcément, tant son parti pris est appuyé et sa proposition audacieuse. C’est en partie ce qui fait sa force, et je suis convaincue que même s’il n’est pas fait pour toi, si le propos te heurte ou si le surréalisme te perd, tu n’oublieras pas ce voyage de sitôt.

Tu l’as compris, La fille qui tressait les nuages m’a beaucoup plu et il contient pour moi des qualités essentielles à l’obtention d’un prix littéraire : il ose des chemins peu explorés, il propose vraiment quelque chose de différent et il va au bout de son idée au risque de ne pas plaire à tout le monde. Mon vote n’est pas encore décidé, mon cœur balance entre plusieurs titres mais quoiqu’il arrive, je serais ravie qu’il remporte le PLIB et qu’il atteigne un plus large public !

Pour la musique finale, j’ai eu envie de ressortir la bande originale de Black Swan, qui me laisse le même genre de souvenir doux-amer, la pureté qui flirte avec le cauchemar. Clint Mansell a fait un remarquable travail en intégrant le ballet de Tchaïkovski dans des arrangements modernisés, et « Cruel Mistress » me semble spécialement approprié pour coller à l’ambiance de La fille qui tressait les nuages.

18 commentaires sur “[#PLIB2019] La fille qui tressait les nuages

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  1. SANS DECONNER! Ta chronique me donnerait presque envie de me plonger dans ce livre que je n’avais pourtant pas apprécié pour ma part ! J’ai l’impression qu’on a pas lu le meme livre, c’est fou les sensibilités ! En fonction de nos « bagages littéraires » je pense qu’on voit pas les mêmes choses, on est plus ou moins surpris etc.

    En tout cas je trouve ta chronique très honnête dans le sens où même si je n’ai pas particulièrement adhéré à cette histoire, il est vrai qu’elle m’aura marquée pour longtemps tant une ambiance étrange y plane 🙂

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  2. Dur dur d’en parler de ce petit là, et pourtant tu t’en sors vraiment très bien bravo ! Il y a cet espèce de petit vent qui m’a porté dans le roman qu’on retrouve dans tes mots, c’est très chouette !
    Bon c’est que maintenant va falloir faire un choix et mon petit cœur est divisé T_T

    Aimé par 1 personne

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