Ne fais confiance à personne

Paul Cleave, 2017

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Je te l’ai annoncée il y a quelques jours en te parlant de Dark Net, et elle est désormais prête : ma deuxième collaboration NetGalley, cette fois avec les éditions Sonatine ! Je vais me répéter, mais je suis aux anges. Tu connais bien maintenant mon amour pour cette maison d’édition, et c’est une grande chance de pouvoir lire un de leurs titres dans ce cadre-là, donc un grand merci à eux.

Jerry Grey est un écrivain de polars qui découvre un jour qu’il est atteint de la maladie d’Alzheimer. Il entame alors une sorte de carnet de bord pour tenter de conserver des bribes de son combat contre cette maladie. Mais à mesure que son état empire, il commence à confondre réalité et fiction, et avoue des meurtres qui figurent dans ses livres, persuadé de les avoir commis. Alors quand on vient l’accuser d’un vrai meurtre, que doit-il croire, lui qui n’en a aucun souvenir ?

J’ai lu un premier livre de Paul Cleave il y a quelques années, Nécrologie, que j’avais trouvé très original et fort sympathique. J’étais donc bien emballée à l’idée de découvrir son dernier thriller, et je dois dire que j’ai bien apprécié cette lecture, malgré quelques réserves sur la fin (mais on va y revenir).

Ne fais confiance à personne est un mélange entre Avant d’aller dormir de S. J. Watson, le film Memento de Christopher Nolan et dans une certaine mesure Vue imprenable sur jardin secret de Stephen King (qui a donné le film Fenêtre secrète de David Koepp). Le livre alterne les passages au présent, un an après que la maladie se soit déclarée, et les extraits de son journal de bord qui nous permettent de combler les vides de l’année qui s’est écoulée. Au début, on est donc aussi amnésique que lui, et on va recoller les morceaux petit à petit. J’aime beaucoup ce procédé, qui amène pas mal de suspense et de rebondissements, et les deux types de narration permettent des changements de style très agréables : au présent, on est à la troisième personne, et dans le carnet de bord on peut apprécier tout l’humour noir de Jerry :

« C’est donc le moment des bonnes et des mauvaises nouvelles. Bonne nouvelle – tu as toujours ta raison et tu te souviens de ton nom ! Peut-être que toutes les bonnes nouvelles pourront rimer, à l’avenir. Et tu as retrouvé ta carte de crédit – elle était sous ton lit. Tu vois ? Une rime parfaite. Sauf qu’elle n’était pas sous ton lit. Tu t’en es servi l’autre jour pour acheter de la nourriture pour chat au supermarché et tu l’as laissée là-bas par accident. On t’a appelé le lendemain pour te prévenir. Mauvaise nouvelle – tu n’as plus de chat. Il est mort il y a six ans. »

Le ton est donc très sympa à lire, et l’évolution de Jerry est très intéressante à suivre : petit à petit, on le voit plonger dans la paranoïa, à devoir constamment remettre en question ses certitudes et les affirmations des autres, et on est assez tentés de faire pareil. Le personnage est d’ailleurs bien écrit et cohérent, et on sent que Paul Cleave s’est inspiré de sa propre condition d’écrivain de thrillers pour le rendre crédible. C’est d’ailleurs l’occasion pour lui de faire passer certains messages, de répondre à certaines questions qu’il doit entendre régulièrement et ses propos m’ont beaucoup plu. Typiquement, j’adore la réponse de Jerry à un policier qui lui demande s’il croit que ses livres incitent les gens à commettre des crimes :

« Rejetons la faute sur l’auteur, et non sur la société, le système judiciaire, les institutions psychiatriques, l’économie, n’essayons pas de réduire le fossé entre riches et pauvres, n’accusons pas l’éducation et les gens qui passent à travers les mailles du filet, ni le fait que le salaire minimum ne couvre pas le coût de la vie et oblige les gens à faire des choses qu’ils ne feraient pas normalement, ni les infos vingt-quatre heures sur vingt-quatre qui instillent la peur chez tout le monde, ni le fait qu’il soit si facile de se procurer une arme, mettons ça sur le dos des auteurs, c’est leur faute, enfermez-les tous et vous aurez la paix dans le monde ! »

Bref, ce livre se lit très bien, c’est drôle, grinçant, rythmé et très intéressant. Le bémol que j’annonçais plus haut arrive à la fin et est tout à fait personnel : étant donné que je connais par coeur le film Memento, que j’ai adoré Avant d’aller dormir et que j’ai vu plusieurs fois des films comme Fenêtre Secrète et Shutter Island, j’avais déjà croisé plusieurs fois ce genre d’histoire sur la mémoire, je connaissais les types de résolution possibles et j’ai pu faire des liens assez rapidement avec ma lecture. Du coup, le dénouement n’a pas du tout été une surprise pour moi alors forcément, quand on lit un thriller c’est un peu dommage. Mais je le trouve cohérent et bien amené, et si c’était mon premier livre du genre je me serais probablement fait balader donc je mets ça sur le compte de ma trop grande consommation de thrillers. Ne te laisse pas freiner ! (Et regarde Memento si tu ne l’as jamais vu, ce film est dingue !).

Je vais conclure avec les Doors, parce que « People are strange » me semblait bien approprié pour illustrer la paranoïa et l’incompréhension de Jerry. D’ailleurs, je sais que Paul Cleave écoute les Doors puisqu’il dévoile quelques uns de ses groupes fétiches dans les remerciements !

 

16 commentaires sur “Ne fais confiance à personne

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  1. Je suis contente qu’il t’ait plu ! La fin ne m’avait pas baladé non plus mais elle était cohérente et ne m’avait pas déçu. Merci pour les Doors pendant mon p’tit déj, un vrai bonheur pour commencer cette journée 🙂

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  2. J’adore les Doors, c’est un choix d’accompagnement musical qui colle bien avec ce que tu en dis.
    Pour le livre, oui il a l’air bien, mais pour l’instant ne me fait pas de l’oeil de manière suffisament appuyé, ma PAL manifeste un intérêt potentiel, mais pas immédiat!

    Aimé par 1 personne

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