Florilège de chroniques en retard

Ça ne va plus, ma liste de chroniques à rédiger s’allonge à vue d’œil et je crains de perdre toute motivation si je ne fais pas un peu d’ordre. Alors pour me remettre en selle, j’ai décidé de te présenter en vrac toutes les lectures qui traînent dans ma liste, qui m’ont plu ou non et dont j’aurais de la peine à faire des chroniques entières. Un genre de collection d’instantanés, pour que tu aies une idée de mon ressenti sans partir dans tous les sens (enfin ça, c’est en théorie).


Robert Charles Wilson – Les Affinités

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Mon premier Robert Charles Wilson (écrivain très apprécié du lutin, entre autres) s’est avéré une chouette réussite. Dans ce livre, on explore les capacités d’un système qui regrouperait les gens selon un test de personnalité. Au nombre de vingt-deux, ces Affinités fraîchement créées permettent de connecter facilement avec des gens qui fonctionnent comme toi, de créer une relation de confiance et de profiter du pouvoir de la communauté.

Bien entendu, on se doute que les dérives sont inévitables, et ce paradis d’entente cordiale et de sentiment d’appartenance va se dégrader progressivement. J’ai adoré cette réflexion sociale et cette lente descente, à travers les yeux d’un personnage principal relativement transparent (sorte de prétexte pour découvrir le système de l’intérieur sans trop biaiser le lecteur), j’ai aimé la plume pas trop technique et si j’ai été un peu déstabilisée par les bonds temporels, j’ai fini par vraiment apprécier cette vue d’ensemble à large échelle, et les questions que ce système soulève. Très sympa donc, de la science-fiction sans termes techniques et qui peut parler à tout le monde. Je recommande !


Alysia Abbott – Fairyland

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C’est chez Alec que j’avais découvert ce livre autobiographique, et je suis ravie de l’avoir lu. Il aborde des thèmes lourds mais très importants, et retrace une époque pas si lointaine et des combats loin d’être gagnés, même plusieurs dizaines d’années plus tard. Avec son regard adulte, Alysia revient sur son enfance avec son père homosexuel, qui l’emmène vivre à San Francisco dans ce berceau de la communauté gay militante. Elle évoque leur lien, aussi fort que maladroit, leurs efforts pour s’apprivoiser mutuellement et cette période lourdement marquée par le sida.

La relation entre Alysia et son père est terriblement touchante. Ce n’est pas une fiction, ils sont tous deux délicieusement imparfaits et la plume reste bienveillante tout au long du récit. Alysia raconte sans jamais condamner, reconnaît aussi ce qu’elle aurait voulu faire autrement, retrace cette ambiance très particulière de San Francisco dans les années 70 à 90 et les drames qui l’ont façonnée en tant que femme. Un très beau témoignage, qui sonne juste et qui m’a beaucoup ému.


Rod Marty – La mère des eaux

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La mère des eaux faisait partie de la première sélection du Prix littéraire de l’imaginaire, et s’il n’a malheureusement pas été élu dans la liste finale, j’ai tout de même eu envie de le découvrir. Et je dois dire que j’ai bien apprécié cette lecture, qui nous emmène en Louisiane avec ses petits villages reclus, ses marécages et ses rites vaudous…

Après avoir appris qu’elle n’aurait jamais d’enfant, Emily décide de partir en Louisiane avec son mari Christopher, pour fuir leur quotidien endeuillé et rencontrer la mère de la jeune femme, qui vit dans un état végétatif. D’abord très bien accueillis par la communauté locale, les jeunes gens vont progressivement découvrir l’envers du décor. L’ambiance est très réussie, l’histoire s’installe progressivement et le livre se lit rapidement, passé les quelques longueurs du début. Au final, quelques éléments de l’intrigue sont prévisibles, mais tout ce qui tourne autour du culte de Mami Wata était nouveau pour moi, et j’en garde un très bon souvenir.


Pasi Ilmari Jääskeläinen – Lumikko

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Je regrette de ne pas pouvoir faire une chronique plus complète de Lumikko, parce que ce livre a été un vrai coup de cœur pour moi. Mais je n’ai pas trouvé le bon angle d’attaque, et je reste persuadée qu’il faut en savoir le moins possible avant de se lancer dans cette lecture, voilà pourquoi je te le présente ici, sans grande cérémonie.

Je ne sais même pas par quel bout prendre cette histoire pour t’en parler. Prépare-toi simplement à être dépaysée, plongée dans un village finlandais et plus précisément dans un cercle littéraire de jeunes talents locaux, qui gravitent autour de l’auteure à succès Laura Lumikko. Au menu : du folklore nordique, une atmosphère très étrange et hypnotique, des traditions assez dérangeantes et un scénario totalement imprévisible. Au vu de ces ingrédients, tu te doutes que ce livre ne va pas plaire à tout le monde, il faut aimer se laisser surprendre et lâcher les rênes. Personnellement j’ai été incapable de le lâcher et j’ai été fascinée par ce voyage improbable. Je te renvoie aussi à la chronique du Tanuki, grâce à qui j’ai acheté cette pépite, et qui t’en parlera de manière beaucoup moins obscure.


Michael Marshall – Nous sommes là

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J’étais très intriguée par ce livre, en bonne partie parce qu’il est publié dans la collection « L’autre » de Bragelonne, qui se spécialise dans les inclassables. Je raffole de ces romans qui ne rentrent pas dans des cases, et j’ai déjà beaucoup aimé Comme un conte de Graham Joyce et Le Voyageur de James Smythe, eux aussi publiés chez « L’autre », d’où mon intérêt pour Nous sommes là. Malheureusement, je suis restée un peu sur ma faim, malgré une idée de base franchement sympathique.

A travers plusieurs personnages principaux, on réalise progressivement qu’il existe des gens qui vivent dans l’ombre, qui ne sont pas tout à fait dans notre réalité mais qui peuvent parfois interagir avec nous, mettre un pied dans notre monde. D’où viennent-ils et quel est leur but ? C’est sur ces questions que Nous sommes là se concentre. La première partie du livre est très intrigante et même parfois angoissante, et l’explication de ces êtres mystérieux m’a bien plu. Par contre, je pense que ce récit aurait été plus percutant sous forme de nouvelle, là l’idée s’essouffle progressivement et se noie dans une action que j’ai trouvé un peu prétexte, pas nécessaire et trop longue. Bonne idée donc, mais sous un autre format.


Clive Barker – Imajica

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Alors celui-là, je pensais t’en parler en long, en large et en travers, parce que j’aime beaucoup Abarat du même auteur, que j’ai acheté plusieurs de ses livres pour découvrir sa bibliographie et que tu es face à un beau bébé de 1000 pages. Et le premier tiers m’a vraiment emballée : on suit un triangle amoureux avec un ex-mari (qui engage un tueur à gages pour assassiner sa femme lorsqu’elle le quitte), la femme en question et l’amant qu’elle n’a jamais oublié, puis l’histoire prend de l’ampleur et on découvre tout un univers au-delà de la Terre, avec de la magie, des peuples en tout genre, … je préfère ne pas me lancer dans un résumé, c’est beaucoup trop risqué.

Malheureusement, passé les 300 premières pages, j’ai commencé à m’ennuyer ferme. Clive Barker le disait lui-même dans la préface, il s’est lancé dans un projet totalement fou qui le dépasse un peu (il s’est inspiré de ses rêves, tu vois le délire) et il m’a perdue en route. J’ai lu les derniers chapitres en diagonale, lessivée par cette abondance d’informations et la longueur incroyable de cette trame narrative. Je ne veux pas minimiser son travail, et l’exercice est assez dingue, mais en tant que roman de divertissement, j’ai un peu subi cette lecture.


Peter James – Morte en mémoire vive

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Acheté tout récemment dans la dernière GrosseOP Bragelonne, ce livre a attiré mon attention à cause des thèmes qu’il aborde : différentes formes d’immortalité à travers la cryogénie et la sauvegarde de mémoire humaine sur un ordinateur, et l’intelligence artificielle de manière plus large. Dans ce thriller (classé « Epouvante » dans certaines éditions, ce qui me surprend un peu), on suit Joe Messenger qui jongle entre ses recherches sur les machines intelligentes, la perte de son jeune fils et sa nouvelle collaboratrice aussi belle que dangereuse.

J’étais surprise de voir que ce livre a été écrit en 1993, tant les résultats et les réflexions qu’il propose sont encore crédibles aujourd’hui. Sur un plan scientifique, j’ai bien apprécié cette lecture, malgré quelques redondances qui ralentissent le rythme. Au niveau de l’histoire en elle-même, les personnages m’ont franchement agacée (ce qui est probablement voulu par l’auteur dans une certaine mesure) mais le scénario m’a tenue en haleine jusqu’au bout. Au final, je trouve certains passages très réussis, angoissants et prenants, mais il aurait mérité une coupe d’une bonne centaine de pages pour gagner en densité. Lecture divertissante, mais on est loin du coup de cœur.


Robert Van Gulik – Meurtre à Canton

Et je termine cette sélection éclectique sur un polar tout à fait particulier, puisqu’il est écrit en 1966 par un néerlandais et qu’il se déroule en Chine en l’an 680. Il s’agit en fait de la treizième aventure du juge Ti, un personnage récurrent de Robert Van Gulik qui s’inspire des romans policiers traditionnels chinois pour construire ses intrigues. Sinologue reconnu, c’est également lui qui dessine les illustrations de ses romans et il met un point d’honneur à respecter la chronologie réelle de l’histoire de Chine dans ses écrits.

C’était très intéressant de se plonger dans une autre manière d’écrire un polar : suivant la tradition chinoise, le juge Ti résoud à chaque fois trois énigmes, et l’enquête est un fabuleux prétexte pour nous montrer la Chine médiévale de l’intérieur. J’ai trouvé ce dépaysement très sympathique, et je pense piocher d’autres enquêtes du juge Ti lorsque Suzette aura un peu maigri, pour découvrir le reste de l’oeuvre de Van Gulik.


J’espère que cette avalanche de chroniques express ne t’a pas fait tourner la tête, et que tu auras repéré quelques titres intéressants !

21 commentaires sur “Florilège de chroniques en retard

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  1. J’aime bien les chroniques groupées, même format mini. ça te permet de proposer un éventail assez large (surtout avec toi on sait que ça va être large) et de piocher si le cœur nous en dit. Tu as mis tellement de soin dans chaque petite chronique qu’elles valent bien une grande ! Honnêtement, je n’ai rien lu parmi les titres proposés…euh c’est par ici l’issue de secours ??? 😀 Mais j’avais entendu parler de Fairyland 🙂

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  2. Moi aussi j’aime les collections d’instantanés 🙂
    J’étais en train de me demander si Michael Marshall était Michael Marshall Smith. J’ai cherché l’information, la réponse est oui (il utilise les deux versions pour signer ses romans). De cet auteur, j’ai lu Les domestiques. Je me demande du coup, si idée de base + petite faim restante n’est pas sa façon d’écrire car c’est ce que j’avais ressenti. Malgré cette fin précipitée/fin très ouverte avec des éléments non expliqués, j’avais beaucoup apprécié l’histoire (pour la rencontre des personnages et les ambiances).

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    1. Oui, j’ai effectivement vu passer ce deuxième nom de plume ! Tu me donnes envie d’essayer Les domestiques, pour comprendre un peu mieux son style et ce qui me convient ou non dans son travail 🙂 Merci pour le conseil !

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  3. C’est super ce condensé, moi j’aime bien. (surtout que ça nous arrange toutes les deux, je fais ça avec mon bilan lectures, aha)

    Ca tombe bien que tu recommandes « Les affinités » parce que c’est justement celui qui me tentait le plus sur le papier ! (tout en craignant l’aspect un peu casse-gueules du sujet)

    « Meurtre à Canton » m’intrigue…

    Bref, bien agréable de te lire, comme toujours ! 🙂

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    1. Haha c’est vrai que c’est pratique 😉
      Plusieurs personnes l’ont lu dans mon entourage, et j’ai eu des avis assez tranchés ^^ mais globalement, surtout des bons retours 🙂
      Meurtre à Canton est super intéressant pour explorer l’histoire du polar 🙂 Il a été écrit il y a plus de 50 ans, donc on sent quand même qu’il a vieilli, mais c’est aussi chouette de lire un genre très différent et une autre manière de construire les intrigues ^^

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      1. Ah bon… Ca ne me fait pas reculer pour autant, c’est bien de savoir qu’il y a des points négatifs qui ont été décelés, ça permet de ne pas se dire que le bouquin est génial et d’être déçue ensuite #mavie
        Oui, je comprends, la façon dont t’en as parlé m’a intriguée, je lis très peu de polars en plus…

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        1. En fait, à chacune de mes chroniques coup de cœur faudrait que je mette une mention spéciale pour toi à la fin genre « pour Ada : y a quand même des trucs nuls dans ce livre » pour que tu puisses l’apprécier autant que moi 😀

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  4. « quelques titres intéressants »… Quelques ?! Mais je les ai tous repéérééés =D
    Je n’en connaissais aucun et j’adore découvrir des romans comme ça, au débotté, qui ont l’air trop cool !
    Je crois que je vais même mettre ta chronique en favori pour retourner y piocher des romans comme ça, oklm.
    Lumikko et Meurtre à Canton sont les deux qui me tentent le plus pour l’instant !

    Aimé par 1 personne

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